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7 juin 2026

Location saisonnière au Maroc : le guide complet de la loi 80-14

La loi 80-14 et son décret d'application ont mis fin au flou juridique de la location type Airbnb au Maroc. Autorisation, STDN, fiches police, taxes : le mode d'emploi complet pour les propriétaires.

Pendant des années, louer son appartement de Guéliz ou son riad de la médina sur Airbnb relevait d'une zone grise que tout le monde pratiquait sans trop se poser de questions. C'est terminé. La loi n° 80-14 relative aux établissements touristiques, complétée par son décret d'application n° 2.23.441 publié au Bulletin Officiel en août 2023, a fait entrer la location de courte durée dans un cadre réglementé proche de celui de l'hôtellerie. Tout logement meublé loué pour de courtes durées à des voyageurs est désormais considéré comme un établissement d'hébergement touristique, avec les obligations qui vont avec.

Chez StayLabs, nous avons construit le logiciel qui pilote les opérations de plus de 150 propriétés en location saisonnière sur la French Riviera. Le métier est le même des deux côtés de la Méditerranée : des arrivées, des ménages, des voyageurs à déclarer, des taxes à reverser. Et comme en France avec la loi Le Meur, le Maroc vient de faire passer ses loueurs de l'improvisation à la conformité. Voici exactement ce que vous devez faire, dans l'ordre. Dernière mise à jour : juin 2026.

Ce que dit la loi 80-14 en deux minutes

La loi classe les hébergements touristiques par catégories : hôtel, maison d'hôtes, riad, kasbah, gîte, pension, et surtout deux catégories qui concernent directement les propriétaires indépendants :

  • Le meublé touristique : un appartement ou une villa que vous louez en courte durée via Airbnb, Booking ou en direct.
  • L'hébergement chez l'habitant : la location d'une ou plusieurs chambres dans votre propre résidence.
  • La distinction n'est pas cosmétique : elle détermine le type d'autorisation et les normes applicables. Mais dans les deux cas, le principe est le même : exploiter sans autorisation est illégal, et les plateformes comme les autorités le savent.

    1. L'autorisation d'exploitation : le préalable obligatoire

    C'est la pièce centrale du dispositif. Avant de mettre votre bien en location courte durée, vous devez obtenir une autorisation d'exploitation délivrée par l'autorité locale compétente (wali ou gouverneur selon les cas).

    Le dossier comprend généralement :

  • Un titre de propriété, ou un bail qui autorise expressément la sous-location
  • Les pièces d'identité et documents administratifs du demandeur
  • Les éléments attestant de la conformité du logement aux normes de sécurité (prévention incendie, installations électriques et gaz)
  • Le dossier se dépose auprès du Centre Régional d'Investissement (CRI), qui le transmet à la commission compétente. Comptez plusieurs semaines de délai : anticipez, surtout si vous visez la haute saison.

    Un point que beaucoup découvrent trop tard : si vous êtes locataire et que votre bail ne mentionne pas la sous-location, vous ne pourrez pas obtenir l'autorisation. La régularisation passe par un avenant avec votre propriétaire, pas par une annonce discrète.

    2. L'enregistrement sur STDN, la plateforme du Ministère du Tourisme

    Le Maroc a dématérialisé une partie des démarches via STDN, la plateforme officielle de télédéclaration des établissements d'hébergement touristique du Ministère du Tourisme. L'inscription donne lieu à un numéro d'enregistrement, et la loi prévoit la télédéclaration des nuitées par voie électronique.

    Si vous avez suivi l'actualité française, le parallèle est frappant : la France impose depuis mai 2026 un numéro d'enregistrement national sur toutes les annonces (nous avons détaillé le dispositif dans notre guide de la réglementation française 2026). Le Maroc a pris la même direction, avec sa propre plateforme. Les deux pays convergent vers le même modèle : pas de numéro, pas d'annonce légale.

    3. Les obligations du quotidien : fiches voyageurs, registre, assurance

    C'est là que la conformité se joue vraiment, parce que ces obligations reviennent à chaque séjour :

    La déclaration des voyageurs. L'exploitant doit déclarer ses clients aux autorités, quotidiennement, via les canaux électroniques prévus, et conserver les fiches individuelles pendant un an. Concrètement, cela signifie collecter l'identité complète de chaque voyageur avant ou à l'arrivée : nom, prénom, numéro de passeport ou de CIN, dates de séjour. Le faire sur un cahier à l'accueil fonctionne pour une maison d'hôtes avec réceptionniste. Pour un meublé géré à distance, un pré check-in digital qui collecte ces informations avant l'arrivée change la vie : le voyageur remplit sa fiche depuis son téléphone, vous avez tout au même endroit, horodaté et conservé.

    Le registre des réservations. Tenir un suivi précis des séjours est exigé, et c'est aussi votre meilleure protection en cas de contrôle fiscal.

    L'assurance. La souscription d'une police couvrant l'incendie, le vol des effets des clients et la responsabilité civile est une obligation légale, vérifiée lors des contrôles. Votre assurance habitation classique ne couvre pas l'activité d'hébergement touristique : il faut une extension ou un contrat dédié.

    4. La taxe de séjour et la TPT : le piège des loueurs Airbnb

    Deux taxes locales s'appliquent par nuitée et par personne : la taxe de séjour (généralement entre 10 et 30 DH selon la ville et la catégorie du bien) et la taxe de promotion touristique (TPT) (de 5 à 25 DH selon le classement). Elles se collectent auprès du voyageur et se reversent aux autorités locales.

    Le piège, et il est réel : Airbnb ne collecte pas et ne reverse pas automatiquement ces taxes au Maroc, contrairement à ce qui se passe en France. C'est à vous de les intégrer dans votre prix, de les comptabiliser et de les reverser. Les redressements pour taxe de séjour impayée font partie des sanctions les plus fréquemment appliquées, parce qu'elles sont faciles à contrôler en croisant les annonces en ligne avec les déclarations.

    5. La fiscalité : IR, TVA, taxe professionnelle

    Les revenus de la location meublée touristique sont des revenus d'activité, soumis à l'impôt sur le revenu au barème progressif marocain. Ordre de grandeur publié par les cabinets spécialisés : pour environ 150 000 DH de revenus annuels, l'IR ressort autour de 27 000 à 28 000 DH après déductions familiales. Chaque situation est différente : faites valider la vôtre par un expert-comptable marocain.

    Côté TVA, l'hébergement touristique bénéficie du taux réduit de 10 % (contre 20 % pour la location meublée classique à caractère commercial), et l'assujettissement devient obligatoire au-delà de 500 000 DH de chiffre d'affaires annuel pour une personne physique. En dessous de ce seuil, la plupart des propriétaires indépendants ne facturent pas de TVA.

    S'ajoute la taxe professionnelle pour l'exercice régulier de l'activité, calculée sur la valeur locative du bien.

    Enfin, pour les investisseurs qui exploitent plusieurs biens ou qui résident à l'étranger (le cas de nombreux MRE et de Français investissant à Marrakech ou Agadir), l'exploitation via une SARL marocaine est une option courante : elle professionnalise la structure, permet de récupérer la TVA sur les investissements et clarifie la situation fiscale. Le seuil de pertinence généralement cité : à partir de deux biens.

    6. Les sanctions : ce que vous risquez vraiment

    L'article 42 de la loi 80-14 prévoit des amendes de 10 000 à 50 000 DH pour exploitation sans autorisation, avec en cas de récidive des mesures plus lourdes : suspension d'activité, voire saisie des revenus locatifs. Un redressement fiscal de la DGI peut s'y ajouter si les revenus n'ont pas été déclarés.

    Dans la pratique, les sanctions effectivement appliquées ciblent en priorité trois profils : la taxe de séjour impayée (contrôle de la trésorerie communale), les nuisances avérées signalées par la copropriété (fermetures administratives), et l'exploitation intensive sans aucune démarche. Autrement dit : le propriétaire qui a entamé ses démarches de bonne foi n'est pas la cible prioritaire. Celui qui exploite dix annonces sans aucune existence administrative, si.

    Votre checklist de conformité

    1. Autorisation d'exploitation obtenue (ou dossier déposé au CRI)

    2. Enregistrement effectué sur la plateforme STDN

    3. Bail vérifié si vous êtes locataire (clause de sous-location)

    4. Assurance incendie, vol, responsabilité civile souscrite

    5. Processus de collecte d'identité des voyageurs en place, fiches conservées un an

    6. Taxe de séjour et TPT intégrées au prix et reversement organisé

    7. Comptabilité des revenus tenue, régime fiscal validé avec un expert-comptable

    Questions fréquentes

    Puis-je louer sur Airbnb au Maroc sans autorisation ?

    Non. La loi 80-14 exige une autorisation d'exploitation pour toute location de courte durée. Sans elle, vous vous exposez aux amendes de l'article 42 (10 000 à 50 000 DH) et à un redressement fiscal.

    Airbnb collecte-t-il la taxe de séjour au Maroc ?

    Non, contrairement à la France. La collecte et le reversement de la taxe de séjour et de la TPT restent entièrement à votre charge.

    Je suis MRE ou résident étranger, puis-je exploiter un bien en courte durée ?

    Oui, dans le même cadre. Beaucoup passent par une SARL marocaine dès deux biens pour structurer l'activité, ou confient la partie opérationnelle à un gestionnaire local tout en gardant la conformité sous contrôle.

    Quelle différence entre meublé touristique et hébergement chez l'habitant ?

    Le meublé touristique est un logement entier loué aux voyageurs. L'hébergement chez l'habitant désigne la location de chambres dans votre propre résidence. Les deux exigent une autorisation, mais les normes et la procédure diffèrent.

    La conformité réglementaire, c'est la fondation. Le quotidien (arrivées, ménages, fiches voyageurs, livret d'accueil), c'est ce qui fait la différence entre une activité qui vous épuise et une activité qui tourne. Pour la méthode complète, lisez notre guide pour gérer sa location saisonnière sans agence. Et pour centraliser la collecte des informations voyageurs, le livret d'accueil et les opérations, StayLabs arrive : rejoignez la waitlist, les premiers inscrits seront les premiers servis.

    Sources : loi n° 80-14 relative aux établissements touristiques et aux autres formes d'hébergement touristique, décret d'application n° 2.23.441 (Bulletin Officiel, août 2023), plateforme STDN du Ministère du Tourisme, Code Général des Impôts marocain (TVA hébergement, IR).

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